Articles de Presse

Chère Annik, avant tout nos lecteurs aimeraient savoir, quand avez-vous décidé de peindre ? Quelle était votre première œuvre ?

Avant d’être peintre, j’étais scénariste : je peignais avec les mots .J’ai eu envie de changer de mode d’expression .Les arts graphiques sont parfois moins explicites que l’écriture. Il n’y a pas une lecture transcendantale d’un tableau ; sa signification peut changer en fonction de celui qui le regarde. L’écriture est plus péremptoire plus directive. Le premier tableau que j’ai peint représentait des femmes habillées à la mode 1900 qui contemplaient la vitrine d’un magasin de mode. Je m’étais inspirée d’un tableau d’un peintre allemand, Macke, et j’ai eu envie de « me l’approprier ». J’ai gardé ce tableau, en souvenir de mon premier « acte » de peintre.Une pulsion fondamentale…

Pourquoi cette exposition présentée à Dubai en hommage à la Femme ?

Les femmes ont toujours été mon sujet de prédilection en peinture : telles que je les vois en icônes païennes.

Pouvez-vous nous parler un peu plus de ces portraits de femmes sélectionnés pour l’exposition ?

Tous les portraits sélectionnés pour cette exposition représentent des femmes atemporelles. Le temps qui passe ne les atteint pas. L’esthétisme dominant recherche l’adéquation entre la femme et le vêtement qui la met en valeur, comme un bijou dans un écrin.

Que pensez-vous de la celebration Internationale de la journée de la Femme? A votre opinion, qu’est-ce que celle-ci peut apporter dans nos vies de femmes modernes ?

En nombre les femmes constituent la moitié de l’humanité .Il est bon parfois qu’elles rappellent à l’autre moitié à quel point il est primordial qu’on les entende .Elles ont au moins droit à la moitié du temps de parole. Il n’y a pas de divergence entre hommes et femmes mais de la complémentarité. Leur « différence» est un facteur enrichissant pour les deux parties Le but de ce Women’s day est de convaincre ceux, et celles (!), qui en douteraient encore !

Pourquoi est-ce de nos jours si important d’attirer encore plus l’attention sur les femmes, leurs espoirs et leurs problèmes, spécialement ici au Moyen-Orient ?

Les sociétés ont été conçues par les hommes et dirigées par eux pendant des siècles. Aujourd’hui, les femmes travaillent, font les mêmes études et exercent les mêmes métiers que les hommes. Il est normal qu’elles donnent leur opinion sur la conduite du monde.

Quels sont vos critères en tant qu’artiste, pour qu’une femme devienne une de vos heroines ou soit la source d’inspiration d’une de vos futures toiles ? Comment choisir le theme et l’image de chaque peinture ?

Les thèmes de mes toiles s’imposent à moi. Ils me choisissent en quelque sorte. L’idée dominante étant toujours que les femmes que je « mets en scène » (résurgence de ma vie d’avant la peinture) sont associées à un environnement poétique : musique, nature luxuriante, univers onirique etc. (Klimt par exemple). Mes portraits de femmes incarnent la vision de la femme dans laquelle je me reconnais et me projette.

Avez-vous actuellement une femme Russe représentée dans une de vos toiles ?

Bien sûr, il y a une jeune fille russe dans cette galerie de portraits. Il était impensable que ce grand pays ne soit pas représenté dans cette exposition dont l’intitulé est : « Femmes d’ici et d’ailleurs ». En peignant ce tableau, j’ai pensé à Anna Karénine.

A part votre propre travail d’artiste, vous avez de nombreuses responsabilités sociales liées à votre contribution à l’Art Français. Pourquoi pensez-vous qu’il soit important d’élever le niveau culturel dans la société moderne et quel rôle peuvent y jouer les artistes, peintres, musiciens, écrivains ?

C’est une question très polémique. Aujourd’hui, tout le monde n’a pas la même conception de l’art. Il est souvent confondu avec la provocation ou la rupture avec les règles du passé. L’artiste est alors perçu comme un guide éclairé dont la fonction est de casser les codes existants et qui se tourne vers un futur dont lui seul aperçoit les contours. Je pense que chaque artiste peut apporter sa pierre à l’édifice sans détruire les strates précédentes. Bien sûr, l’artiste est un acteur majeur de la société, un « lanceur d’alerte » qui peut voir ce que les autres ne voient pas encore : un être libre qui ne suit aucun courant de pensée et ne subit aucune pression. Ceci évidemment est une vision idéale de l’ « homo artificiosus ».

Pouvez-vous nous décrire votre journée idéale ?

Il fait beau, chaud, la mer n’est pas loin, je suis avec les gens que j’aime et je viens de réaliser une toile dont (je pourrais penser qu’elle est la meilleure que j’ai peinte). Simple comme le bonheur.

Quelles sont les Femmes que vous respectez le plus ?

Mes héroïnes sont, pour l’histoire Elisabeth I d’Angleterre et Catherine II de Russie, pour la littérature Jane Austen, Marguerite Yourcenar et Françoise Sagan, et pour la peinture, Elisabeth Vigée Le Brun et Veira da Silva.

L’écrivain Russe Fedor Dostoevsky a dit un jour: “La Beauté sauvera le monde”. Partagez-vous cette idée?

J’aime beaucoup DOSTOÏEVSKY. Ce jour-là il devait être optimiste. Son univers est beaucoup plus sombre mais bien sûr je suis d’accord avec ce point de vue qui rejoint cette pensée de Nietzsche : « Il y a tant de choses entre le ciel et la terre que les poètes (les artistes) sont les seuls à avoir rêvées ».

Thank you and look forward to seeing you in Dubai soon.

Elena Olkhovskaya Editor-in-Chief

why you decided to paint? What was your first art piece ?

Before becoming an artist, I was a scriptwriter: I painted with words. I wanted to change the means of expression. The graphic arts are sometimes less explicit than writing. There is no transcendental way to read a subject in a painting, there are infinite ways; its’ meaning can change depending on the audience, like the saying: “ beauty is in the eyes of the beholder. ” Writing is more peremptory more directive. My first painting represented women dressed in the fashion of 1900, contemplating the window display of a fashion store. I had been inspired by a painting by German artist MACKE and I wanted to ‘make it my own’. I did and I kept the painting in memory of my firstwork as an artist. It was a basic urge…

Why the exhibition, which you are going to present in Dubai, is devoted to women ?

Women are always my favourite subject: just as I see them in pagan icons.

Can you please, tell us a bit more about women’s portraits selected for this exhibition?

All the portraits selected for the exhibition represent timeless women. The passing of time does not affect them. The dominant aestheticism, is the search for union between the woman and the garment she’s wearing, which suits her perfectly, just like a jewel in a precious case.

What do you think about the celebration of the International Women’s Day ? What role does it play in modern women’s lives, in your opinion ?

Women make up half of humanity. It is good sometimes that they remind the other half to what extent it is essential that we all hear them. They at least have the right to half the time of expression. There is no great difference between men and women, but they complement one another. Their difference is an enriching factor for both parties. The purpose of this Woman’s Day is to convince those who would still have doubts about it !

Why it is important to attract more attention to women’s and their hopes and problems nowadays, especially here, in the Middle East ?

Societies have been conceived by men and managed by them for centuries. Today women work, pursue the same studies and have the same jobs as men. It is normal that they share their opinion on how the world operates.

What are you inner requirements, as an artist, to the woman, who may become a heroine or a source of inspiration of your next painting ? How to you choose the theme and the image of every painting ?

The theme of my paintings are imposed on me. They choose me somehow. The dominant idea is always that the women I put on stage (a resurgence of my life before painting) are associated with a poetic environment, such as music, dreams or lush surroundings. Klimt, for example. My portraits of women incarnate the vision of the woman I see in myself and portray.

Do you have any Russian ladies in your artworks yet ?

Of course there is a Russian girl in this collection of portraits. It was unthinkable that this great country would not be represented in this exhibition; entitled ”Women from here and there”. While painting this picture, I thought of Anna Karenina.

Apart of your own artworks, you have a lot of social responsibilities, linked with your contribution to French Art. Why you think it’s important to rise a cultural level in the modern society and what can be done by artists, musicians and writers in this case ?

It is a very controversial question. Today not everybody has the same ideas about art. It is often confused with simply breaking the rules of the past. The artist is then thought of as an enlightened guide whose functions are to break the existing codes and who turns towards a future which he alone can outline. I think that every artist can make his or her contribution without destroying the foundations of what went before them.

Of course the artist is a leading player in society, a « whistleblower » who can see what the others cannot yet see: a free being who follows no current of thought and is under no pressure. This is an ideal vision in psychological terms of the « homo artificiosus » meaning an accomplished man, whether in skill or art.

Would you, please, describe your ideal day.

The weather is lovely, warm, the sea is nearby. I am with people who I love and I have just finished a painting which I could consider the best that I’ve ever painted. It’s as simple as happiness.

What are the main ladies characters you respect the most ?

My female heroes are: in history, Elisabeth the Ist of England and Catherine the 2nd of Russia, in literature, Jane Austen, Marguerite Yourcenar, Francoise Sagan, and in the fine arts, Elisabeth Vigée Le Brun and Viera Da Silva.

Russian writer Fedor Dostoevsky once said, that «beauty will save the world». Will you agree or disagree with this statement?

I really like DOSTOIEVSKY. On that day he must have been optimistic. His universe is much darker, but of course I agree with this saying which also links to Nietzsche: “ It seems that there are so many things between the sky and the earth that only poets and artists have dreamt about ”.

Thank you and look forward to seeing you in Dubai soon.

Elena Olkhovskaya Editor-in-Chief

Exhibition « Women from here and elsewhere » Dubai, March 2016

Dear Annick, first of all, please, let our readers know, when and why you decided to paint? What was your first art piece?

Before becoming an artist, I was a scriptwriter: I painted with words. I wanted to change the means of expression. The graphic arts are sometimes less explicit than writing. There is no transcendental way to read a subject in a painting, there are infinite ways; its’ meaning can change depending on the audience, like the saying: “ beauty is in the eyes of the beholder. ” Writing is more peremptory more directive. My first painting represented women dressed in the fashion of 1900, contemplating the window display of a fashion store. I had been inspired by a painting by German artist MACKE and I wanted to ‘make it my own’. I did and I kept the painting in memory of my firstwork as an artist. It was a basic urge…

Why the exhibition, which you are going to present in Dubai, is devoted to women?

Women are always my favourite subject: just as I see them in pagan icons.

Can you please, tell us a bit more about women’s portraits selected for this exhibition?

All the portraits selected for the exhibition represent timeless women. The passing of time does not affect them. The dominant aestheticism, is the search for union between the woman and the garment she’s wearing, which suits her perfectly, just like a jewel in a precious case.

What do you think about the celebration of the International Women’s Day? What role does it play in modern women’s lives, in your opinion?

Women make up half of humanity. It is good sometimes that they remind the other half to what extent it is essential that we all hear them. They at least have the right to half the time of expression. There is no great difference between men and women, but they complement one another. Their difference is an enriching factor for both parties. The purpose of this Woman’s Day is to convince those who would still have doubts about it!

Why it is important to attract more attention to women’s and their hopes and problems nowadays, especially here, in the Middle East?

Societies have been conceived by men and managed by them for centuries. Today women work, pursue the same studies and have the same jobs as men. It is normal that they share their opinion on how the world operates.

What are you inner requirements, as an artist, to the woman, who may become a heroine or a source of inspiration of your next painting? How to you choose the theme and the image of every painting?

The theme of my paintings are imposed on me. They choose me somehow. The dominant idea is always that the women I put on stage (a resurgence of my life before painting) are associated with a poetic environment, such as music, dreams or lush surroundings. Klimt, for example. My portraits of women incarnate the vision of the woman I see in myself and portray.

Do you have any Russian ladies in your artworks yet?

Of course there is a Russian girl in this collection of portraits. It was unthinkable that this great country would not be represented in this exhibition; entitled ”Women from here and there”. While painting this picture, I thought of Anna Karenina.

Apart of your own artworks, you have a lot of social responsibilities, linked with your contribution to French Art. Why you think it’s important to rise a cultural level in the modern society and what can be done by artists, musicians and writers in this case?

It is a very controversial question. Today not everybody has the same ideas about art. It is often confused with simply breaking the rules of the past. The artist is then thought of as an enlightened guide whose functions are to break the existing codes and who turns towards a future which he alone can outline. I think that every artist can make his or her contribution without destroying the foundations of what went before them.

Of course the artist is a leading player in society, a « whistleblower » who can see what the others cannot yet see: a free being who follows no current of thought and is under no pressure. This is an ideal vision in psychological terms of the « homo artificiosus » meaning an accomplished man, whether in skill or art.

Would you, please, describe your ideal day.

The weather is lovely, warm, the sea is nearby. I am with people who I love and I have just finished a painting which I could consider the best that I’ve ever painted. It’s as simple as happiness.

What are the main ladies characters you respect the most ?

My female heroes are: in history, Elisabeth the Ist of England and Catherine the 2nd of Russia, in literature, Jane Austen, Marguerite Yourcenar, Francoise Sagan, and in the fine arts, Elisabeth Vigée Le Brun and Viera Da Silva.

Russian writer Fedor Dostoevsky once said, that «beauty will save the world». Will you agree or disagree with this statement?

I really like DOSTOIEVSKY. On that day he must have been optimistic. His universe is much darker, but of course I agree with this saying which also links to Nietzsche: “ It seems that there are so many things between the sky and the earth that only poets and artists have dreamt about ”.

Thank you and look forward to seeing you in Dubai soon.

Elena Olkhovskaya Editor-in-Chief

» Annik ne peint pratiquement que des femmes. Elle aime beaucoup les années 20, elle aussi. Les femmes qu’elle couche sur la toile sont intemporelles, mais les techniques qu’elle utilise sont très modernes. «

Jacqueline Amiel – Interview – Journal L’aisne Nouvelle – 2009

Les femmes (la femme !) sont le thème de la prédilection de l’artist française Annik Le Page. Leur suggestive beauté nous les présente plus déesses que courtisanes, même si, parfois, leurs poses lascives pourraient semer le doute. Un art qui serait japonisant si les racines mêmes de cette peinture toute eb subtilités chromatiques ne se trouvaient plutôt du côté d’une fin de siècle très européenne, viennoise. Sans chercher de similitudes techniques, bien au contraire, force est de reconnaitre que les Contes et Legendes que nous raconte Le Page pourraient aussi bien être le fait d’un Audrey Berdsley. Seulement, alors, ses Salomés se trouveraient apaisées, sereines, libérées de leurs noirs désirs. Il est peu probable, d’ailleurs, qu’Annik Le Page, à l’instar du sulfureux symboliste anglais frappé par la grâce divine, se ravise sur son lit de mort et exige la destruction intégrale de son oeuvre ! Chez elle, le doux chatoiement des couleurs se trouve opposé à de large à-plats d’un noir de jais qui soulignent la fragilité des traits. Les hésitations, ici, langage picturial charmant. Car, en vérité, voila ce qui fait toute l’attraction de ce travail : le charme des modèles, souligné par des attributs animaliers dont l’interprétation est laissée à l’humeur et l’inspiration de chacun. Tant chez La Fontaine que chez Esope, les animaux ne sont-ils pas là pour nous rappeler la vanité humaine ? Mais, tout compte fait, dans les rêves bleus d’Annik Le Page, qui dompte qui ?

Revue – Agenda Expo – 2008

» Femmes drapée, Femme au collier, Femme au chien, Danseuse assise, Jeune fille à la robe brodée, Dancing girls …

N’allez pas croire qu’il est ici question d’une nomenclature extraite du dernier catalogue de poupées Barbie et de leurs accessoires. Non c’est un véritable défilé dont il s’agit là et il ne manque pas de charme tout empreint qu’il est d’une douce nostalgie!

Annik Le Page, née à Fougères en Bretagne, a bien des cordes à son arc puisqu’on nous la présente entre autres comme scénariste à la TV et comme sociétaire des auteurs et compositeurs dramatiques, mais c’est exclusivement de peinture dont il s’agit aujourd’hui. Une peinture toute de grâce et de féminité ou ne passent que des femmes parce que, comme l’explique l’artiste volontiers « d’une part elle se projette dans ses toiles et d’autre part, le statut des femmes a bien changé dans le monde contemporain .. » Il était bon qu’une femme le rappelle à coup de pinceau raffinés et classique mêlés, de ci de là, à des materiaux très actuels comme le sable, le mortier, la laque posés par à-coups dans des coloris infiniment harmonieux où dominent les grèges et les bleus.

En voyant ces toiles expressionnistes à la sensibilité exacerbée nul ne s’étonerra du passage de l’artiste dans les ateliers viennois d’un certain Waltraut Sonnelet, lui même élève de Kokoschka dont on reconnaitra la précision pointue du dessin, un penchant pour l’art extrème-oriental (à la Climt), une mise en page détendue et des touches de couleur spontanées qui font parfois songer à un travail de décoration.

On percoit dans les oeuvres d’Annik Le Page le désir contradictoire d’imposer une femme nouvelle, celle qui a un statut social, une position à défendre, un chemin à parcourir et, par ailleurs, un besoin viscéral de défendre une féminité millénaire faite de séduction, de grâce, d’élégante beauté.

Dans cette dualité réside tout l’attrait d’un art un peu rétro qui a plu et plaira encore parce que la nostalgie de ce qui fut est le moteur secret de ce qui sera.

Altières, légèrement dénudées, parrées de bijoux, vêtues de soies et de falbalas évoquant des temps révolus, les femmes d’Annik Le Page, aux allures audacieuses vont souvent par deux ou sont accompagnées d’un chien, témoin l’un aussi d’une autre époque.

Bouches ourlées, pommettes saillantes, yeux coquins, coupe carrée, gestes retenus, ces femmes-là traversent la vie en ambitieuses garçonnes que n’aurait pas reniées une Coco Chanel aux multiples contradictions. «

» En contemplant son oeuvre, une question s’impose : pourquoi uniquement des portraits de femmes ?

Probablement parce que cette Artiste – formée auprès de Waltraud Sonolet, élève de Oscar Kokoschka à Vienne et Berlin – se projette dans ses toiles, mais aussi parce que le statut des femmes a changé, dans notre monde contemporain. « Sa femme d’aujourd’hui » représente toujours la féminité, la séduction, la grâce, la beauté mais aussi une position sociale nouvelle qui tente de libérer de l’image convenue.

Les créations audacieuses d’Annik Le Page ont été largement saluées par le monde de L’art contemporain : Médaille d’Argent du Mérite et Dévouement français au titre des Arts – Sociétaire de la Société des Artistes Indépendants – Collections privées non seulement en Europe mais dans le monde, de Seattle à Los Angeles, de New York à Beyrouth donnent à son oeuvre une dimension internationale «

» Sur le thème Contes et Légendes, nom d’une collection d’ouvrages destinés aux jeunes qui, jadis attisa bien des curiosités, l’artiste née bretonne, nous entraine dans les sortilèges de l’Antiquité. On avait un peu oublié qui était Terpischore, mère des sirènes; Perséphone, reine des Enfers; Les Erinyes, appelées Furies par les Romains. On se souvenait bien sur de Pénélope, fidèle épouse détricotant la nuit ce qu’elle avait tricoté le jour mais là s’arrete souvent la référence à l’Histoire ! L’artiste s’amuse à coller des noms sur des visages par ailleurs charmants, qui se ressemblent tous et peut-être lui ressemblent. Ils sont messages de féminité, un peu mièvres avec leur petit nez mutin, leurs pommettes saillantesn leur bouche en coeur et ce je-ne-sais-pas-quoi d’érotique qui leur donne des airs de poupée Barbie ayant passé l’épreuve du Bac, ce qui est tout de même une solide avancée.

L’artiste, nous dit-on, a fait ses classes à Vienne et à Berlin avec Waltraut Sonnele, dernière élève de Kokoschka. Dans la précision du dessin, la fermeté des contours et la fraicheur des coloris, on ne s’étonnera pas de la filiation. L’art extrème-oriental n’est pas loin comme en témoignent les vêtements de ces dames parées de frivoles soierieset de lours brocarts, un peu rétro. Le tout sur fond de fleurs évanescentes, fragments de dorures et éclats d’argentures appliqués pêle-mêle sur la toile et avouant un goùt prononcé pour l’ornement. La matière est irrégulière, épaisse,additionnée de sable et de mortier que l’artiste gratte au fil du travail et de l’inspiration comme ferait un décorateur peaufinant l’ouvrage.

Ainsi des Mille et une nuits figurant une belle dénudée et mollement alanguie sur une couche aux tonalités ocres, appliquées d’un pinceau allègre. Ou de cette nostalgie héroine de « Il était une fois » assise, mains inertes, regard perdu dans les souvenirs, livrée au doute dans une attitude de théatrale résignation face à un oiseau mythique au plumage décliné dans une gamme harmonieuse de coloris pastel et doux. Nombre d’animaux escrotent docilement cette gent féminine élégante et néanmoins démodée qui s’inscrit dans un esprit quelque peu japonisant.

Cela va du chat débotté de la Marquise de Carabas, au tigre du Jardin baigné de verts tendres ou encore au Regard du perroquet venu – qui sait ? – de Byzance ou d’ailleus. Autant que les animaux, les instruments de musique sont bien présent tout au long de ces contes et légendes ayant inspiré l’artiste. Ils semblent assurer le rythme d’une symphonie expressionniste, toute en nuances chromatiques où se croisent et se côtoient silhouettes délicates et sensibles « parfums de femmes » aux ambitions contradictoires et, quelque part, piégées entre certitudes et incertitudes. «

Colette Bertot

» Annik ne peint pratiquement que des femmes. Elle aime beaucoup les années 20, elle aussi. Les femmes qu’elle couche sur la toile sont intemporelles, mais les techniques qu’elle utilise sont très modernes. «

 

Jacqueline Amiel – Interview – Journal L’aisne Nouvelle – 2009

Les femmes (la femme !) sont le thème de la prédilection de l’artist française Annik Le Page. Leur suggestive beauté nous les présente plus déesses que courtisanes, même si, parfois, leurs poses lascives pourraient semer le doute. Un art qui serait japonisant si les racines mêmes de cette peinture toute eb subtilités chromatiques ne se trouvaient plutôt du côté d’une fin de siècle très européenne, viennoise. Sans chercher de similitudes techniques, bien au contraire, force est de reconnaitre que les Contes et Legendes que nous raconte Le Page pourraient aussi bien être le fait d’un Audrey Berdsley. Seulement, alors, ses Salomés se trouveraient apaisées, sereines, libérées de leurs noirs désirs. Il est peu probable, d’ailleurs, qu’Annik Le Page, à l’instar du sulfureux symboliste anglais frappé par la grâce divine, se ravise sur son lit de mort et exige la destruction intégrale de son oeuvre ! Chez elle, le doux chatoiement des couleurs se trouve opposé à de large à-plats d’un noir de jais qui soulignent la fragilité des traits. Les hésitations, ici, langage picturial charmant. Car, en vérité, voila ce qui fait toute l’attraction de ce travail : le charme des modèles, souligné par des attributs animaliers dont l’interprétation est laissée à l’humeur et l’inspiration de chacun. Tant chez La Fontaine que chez Esope, les animaux ne sont-ils pas là pour nous rappeler la vanité humaine ? Mais, tout compte fait, dans les rêves bleus d’Annik Le Page, qui dompte qui ?
» Femmes drapée, Femme au collier, Femme au chien, Danseuse assise, Jeune fille à la robe brodée, Dancing girls …

N’allez pas croire qu’il est ici question d’une nomenclature extraite du dernier catalogue de poupées Barbie et de leurs accessoires. Non c’est un véritable défilé dont il s’agit là et il ne manque pas de charme tout empreint qu’il est d’une douce nostalgie!

Annik Le Page, née à Fougères en Bretagne, a bien des cordes à son arc puisqu’on nous la présente entre autres comme scénariste à la TV et comme sociétaire des auteurs et compositeurs dramatiques, mais c’est exclusivement de peinture dont il s’agit aujourd’hui. Une peinture toute de grâce et de féminité ou ne passent que des femmes parce que, comme l’explique l’artiste volontiers « d’une part elle se projette dans ses toiles et d’autre part, le statut des femmes a bien changé dans le monde contemporain .. » Il était bon qu’une femme le rappelle à coup de pinceau raffinés et classique mêlés, de ci de là, à des materiaux très actuels comme le sable, le mortier, la laque posés par à-coups dans des coloris infiniment harmonieux où dominent les grèges et les bleus.

En voyant ces toiles expressionnistes à la sensibilité exacerbée nul ne s’étonerra du passage de l’artiste dans les ateliers viennois d’un certain Waltraut Sonnelet, lui même élève de Kokoschka dont on reconnaitra la précision pointue du dessin, un penchant pour l’art extrème-oriental (à la Climt), une mise en page détendue et des touches de couleur spontanées qui font parfois songer à un travail de décoration.

On percoit dans les oeuvres d’Annik Le Page le désir contradictoire d’imposer une femme nouvelle, celle qui a un statut social, une position à défendre, un chemin à parcourir et, par ailleurs, un besoin viscéral de défendre une féminité millénaire faite de séduction, de grâce, d’élégante beauté.

Dans cette dualité réside tout l’attrait d’un art un peu rétro qui a plu et plaira encore parce que la nostalgie de ce qui fut est le moteur secret de ce qui sera.

Altières, légèrement dénudées, parrées de bijoux, vêtues de soies et de falbalas évoquant des temps révolus, les femmes d’Annik Le Page, aux allures audacieuses vont souvent par deux ou sont accompagnées d’un chien, témoin l’un aussi d’une autre époque.

Bouches ourlées, pommettes saillantes, yeux coquins, coupe carrée, gestes retenus, ces femmes-là traversent la vie en ambitieuses garçonnes que n’aurait pas reniées une Coco Chanel aux multiples contradictions. «

» En contemplant son oeuvre, une question s’impose : pourquoi uniquement des portraits de femmes ?

Probablement parce que cette Artiste – formée auprès de Waltraud Sonolet, élève de Oscar Kokoschka à Vienne et Berlin – se projette dans ses toiles, mais aussi parce que le statut des femmes a changé, dans notre monde contemporain. « Sa femme d’aujourd’hui » représente toujours la féminité, la séduction, la grâce, la beauté mais aussi une position sociale nouvelle qui tente de libérer de l’image convenue.

Les créations audacieuses d’Annik Le Page ont été largement saluées par le monde de L’art contemporain : Médaille d’Argent du Mérite et Dévouement français au titre des Arts – Sociétaire de la Société des Artistes Indépendants – Collections privées non seulement en Europe mais dans le monde, de Seattle à Los Angeles, de New York à Beyrouth donnent à son oeuvre une dimension internationale «

» Sur le thème Contes et Légendes, nom d’une collection d’ouvrages destinés aux jeunes qui, jadis attisa bien des curiosités, l’artiste née bretonne, nous entraine dans les sortilèges de l’Antiquité. On avait un peu oublié qui était Terpischore, mère des sirènes; Perséphone, reine des Enfers; Les Erinyes, appelées Furies par les Romains. On se souvenait bien sur de Pénélope, fidèle épouse détricotant la nuit ce qu’elle avait tricoté le jour mais là s’arrete souvent la référence à l’Histoire ! L’artiste s’amuse à coller des noms sur des visages par ailleurs charmants, qui se ressemblent tous et peut-être lui ressemblent. Ils sont messages de féminité, un peu mièvres avec leur petit nez mutin, leurs pommettes saillantesn leur bouche en coeur et ce je-ne-sais-pas-quoi d’érotique qui leur donne des airs de poupée Barbie ayant passé l’épreuve du Bac, ce qui est tout de même une solide avancée.

L’artiste, nous dit-on, a fait ses classes à Vienne et à Berlin avec Waltraut Sonnele, dernière élève de Kokoschka. Dans la précision du dessin, la fermeté des contours et la fraicheur des coloris, on ne s’étonnera pas de la filiation. L’art extrème-oriental n’est pas loin comme en témoignent les vêtements de ces dames parées de frivoles soierieset de lours brocarts, un peu rétro. Le tout sur fond de fleurs évanescentes, fragments de dorures et éclats d’argentures appliqués pêle-mêle sur la toile et avouant un goùt prononcé pour l’ornement. La matière est irrégulière, épaisse,additionnée de sable et de mortier que l’artiste gratte au fil du travail et de l’inspiration comme ferait un décorateur peaufinant l’ouvrage.

Ainsi des Mille et une nuits figurant une belle dénudée et mollement alanguie sur une couche aux tonalités ocres, appliquées d’un pinceau allègre. Ou de cette nostalgie héroine de « Il était une fois » assise, mains inertes, regard perdu dans les souvenirs, livrée au doute dans une attitude de théatrale résignation face à un oiseau mythique au plumage décliné dans une gamme harmonieuse de coloris pastel et doux. Nombre d’animaux escrotent docilement cette gent féminine élégante et néanmoins démodée qui s’inscrit dans un esprit quelque peu japonisant.

Cela va du chat débotté de la Marquise de Carabas, au tigre du Jardin baigné de verts tendres ou encore au Regard du perroquet venu – qui sait ? – de Byzance ou d’ailleus. Autant que les animaux, les instruments de musique sont bien présent tout au long de ces contes et légendes ayant inspiré l’artiste. Ils semblent assurer le rythme d’une symphonie expressionniste, toute en nuances chromatiques où se croisent et se côtoient silhouettes délicates et sensibles « parfums de femmes » aux ambitions contradictoires et, quelque part, piégées entre certitudes et incertitudes. «

Colette Bertot

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